Château Mandourelle à Villesèque-des-Corbières : "On ne parle pas la même langue que les assureurs !" - lindependant.fr
Parmi les vignerons sinistrés, certains avaient joué la prudence avec une assurance multirisque. Mais aujourd’hui, l’heure est à la désillusion. Témoignage avec Christophe Fernandez, de Château Mandourelle à Villesèque-des-Corbières.
À Château Mandourelle, à Villeséque, les 48 hectares de vignes, 150 hectares de bois, de garrigue et les 4 hectares d’oliviers ont été balayés par le gigantesque incendie. Impitoyable, le feu a emporté vignes, oliviers, et bois. Les hangars ne sont qu’amas de tôle, d’où émergent les carcasses des tracteurs, le manitou et l’élévateur. Plus loin, le pressoir dernier cri est un fantôme. Une scène apocalyptique qui tord les boyaux.
Les vignes brûlées.
Independant - PHILIPPE LEBLANC
À quelques jours de la récolte, les ceps ploient sous les raisins. Un crève-cœur. Les 45 hectares sont compris dans la zone rouge, éligibles au fonds d’indemnisation, et donc interdites à la récolte, à cause du fameux goût de fumée. Les comptes ne sont pas arrêtés et les vignerons ne savent pas encore combien ils toucheront pour se relever.
Les vignes pare-feu.
Independant - PHILIPPE LEBLANC
Entre les assurances et le dictionnaire, le mot "contenu" n’a pas la même définition
Côté assurances, le feu n’est pas pris en compte au titre de l’aléa climatique, il n’est pas classé "catasrophe naturelle". Certes, mais la désillusion est terrible pour les assurés comme Christophe Fernandez qui, prudent, n’avait pas hésité à souscrire une assurance multirisque. Aujourd’hui, il constate des anomalies : "Dans le contrat de l’assurance multirisque, il est marqué "contenu". Mais il y a un défaut de conseil, parce que je suis indemnisé à hauteur de 200 000 euros de contenu… Or dans le contenu, il y a les vignes. Pour moi, le contenu, c’était ce qui était à l’intérieur des hangars. Entre le dictionnaire, et les assurances, ce n’est pas la même définition !"
Manitou et élévateur sont calcinés.
Independant - PHILIPPE LEBLANC
Ses deux tracteurs sont pris en charge par l’assurance véhicule. "Mais en trois ans, le prix d’un tracteur a doublé. Ce que j’ai perdu, qui n’est pas pris en charge, c’est le manitou, qui n’était pas assuré feu, d’une valeur de 50 000 euros, et l’élévateur". Les 200 000 euros de matériel dans le hangar sont soumis au plafond, dans lequel les vignes sont donc intégrées : "Si j’avais su cette énorme différence, au lieu d’être assuré pour un contenu de 200 000 euros, par rapport aux propriétés, j’aurais pris la couverture de 400 000 euros"
Dans le domaine.
Independant - PHILIPPE LEBLANC
La leçon est terrible : "Il faut faire bien attention, bien relire les contrats, reprendre rendez-vous avec son assurance". Christophe a deux ouvriers qu’il refuse de placer au chômage : "Ils vont trop y perdre, ils n’y sont pour rien. Je les paie à 100 %. Ils sont abattus, avec tout ce travail de l’année anéanti". Christophe se bat, refuse de céder. "Si je ne suis pas assez indemnisé, on ira plus loin, je ne lâcherai pas. Je n’ai jamais fait de procès dans ma vie, et si j’ai des gens en face qui m’écoutent, qui sont corrects, on s’arrangera".
"Ce qu’on attend, c’est de pouvoir vivre correctement dans nos vignes, s’ils veulent qu’on entretienne, il faut qu’on soit rémunéré pour planter au niveau européen".
Mais lui pense plutôt aux jeunes : "Si on ne les aide pas, ils ne repartiront pas ! "
"En France, on n’a pas le droit de nettoyer un ruisseau !"
Ce qui le choque, c’est le paysage de ses bois, dans lesquels il chassait. "Ce n’est pas du tout indemnisé. J’espère qu’à un moment, on pourra replanter, nettoyer. En France, on élargit le nettoyage sur 50 mètres autour de sa maison, mais à part ça, on n’a pas le droit de faire une coupe dans un bois, ni de nettoyer un ruisseau. Je ne suis pas vert, je suis kaki, je suis le plus écolo possible. Nous, agriculteurs et chasseurs, nous défendons la nature, nous en sommes propriétaires".
Problème : que faire de ces bois ? "Seul, je n’ai pas les moyens de replanter, pas des pins, plutôt des chênes-lièges. Si on laisse pousser une garrigue, le feu repartira, et ira jusqu’aux habitations. Aujourd’hui, avec nos vignes pare-feu, on a sauvé des villages".
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